Lettres à Joséphine, par Nicolas Rey, éditions Au Diable Vauvert
AUTOBIOGRAPHIE , EROTIQUE , ROMAN / 24 février 2019

Il est regrettable que quatre-vingt pour cent des lecteurs de romans soient des lectrices. Car les hommes, et même ceux d’un certain âge pour ne pas dire d’un âge certain, trouveraient à se nourrir de ces Lettres à Joséphine. On connaît le penchant de Nicolas Rey pour les romans autobiographiques. On ne s’aventurera pas à deviner le degré autobiographique de celui-ci, même si le signataire des lettres n’est autre que Nicolas Rey. Mais on en appréciera la justesse de ton et la très probable sincérité. Qu’est-ce que la passion. L’auteur va en chercher une superbe définition chez Brautigan : «Il comprit pendant ce trajet que le monde se divisait en deux catégories antinomiques. Ce fut pour lui une illumination, une découverte. Non pas les riches et les pauvres, les dominants et les dominés, ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas. Cela, ce sont des catégories secondaires, bien visibles, non essentielles, quasiment anecdotiques dont la première raison d’être est d’occulter la véritable partition de la réalité. Non, le monde se divise entre ceux qui vivent l’urgence et la beauté suffocante d’une folle passion et ceux qui ne vivent pas l’urgence et la beauté suffocante, étourdissante, obsessionnelle d’une folle…

Réelle, par Guillaume Sire, éditions de L’Observatoire
CRITIQUE , ROMAN / 22 août 2018

[RENTREE AUTOMNE 2018] Johanna rêve de gloire. Avec son amie Jennifer, de trois ans son aînée, elle s’inscrit à l’émission Graine de stars, Jennifer n’est pas retenue, mais Johanna interprète Dieu m’a donné la foi d’Ophélie Winter, lors de l’audition régionale. Là aussi, c’est l’échec. Mais une photo de son dossier de candidature, celle où elle se trouve sur les genoux de son père Didier, lui vaut, quelques années plus tard, un coup de fil de Thibault Stolz, producteur TV. Il souhaite que Johanna participe à une nouvelle émission de téléréalité importée des Etats-Unis: Big Brother. Après une véritable incarcération dans un hôtel parisien de grand luxe, la jeune provinciale est propulsée dans un loft avec les autres candidats. Parmi eux, Edouard, fils de famille bourgeoise et grand cinéphile,  fan de comédies romantiques. Entre eux naît une histoire d’amour qui se prolongera au-delà de l’émission de téléréalité et malgré la célébrité. Jusqu’à un certain point. Même si elle n’a pas gagné Big Brother, Johanna se voir proposer un poste de chroniqueuse dans une nouvelle émission. Mais elle doit maigrir et devient anorexique. Elle est aussi contactée par Les Enfoirés pour effectuer une longue tournée à travers la France, tournée au…

La vie princière, par Marc Pautrel, éditions Gallimard
CRITIQUE , ROMAN / 14 juin 2018

Un séminaire dans une vaste et riche propriété. Chaque participant est logé dans une maison individuelle et, chaque soir, un dîner rassemble les invités. C’est là que le narrateur rencontre L***, une belle et volubile Italienne. «C’était imprévisible, au début je n’étais pas attiré par toi, puis je me suis senti comme collé, comme tissé à toi […]». Le narrateur écrit à celle qui a déjà quitté le domaine et à qui il n’est pas parvenu à déclarer sa flamme. Il lui fait part, dans le détail, des sentiments et des émotions qui l’ont traversé lors de leurs dîners (elle était toujours assise à côté de lui) et de leurs promenades. Comment tombe-t-on amoureux? C’est sans doute un mystère propre à chacun. Mais en soixante-sept pages, Marc Pautrel nous en livre un des possibles agencements. Il nous fait ressentir, avec beaucoup de finesse, la montée en puissance de l’amour naissant. L’état amoureux s’installe, dissout la gêne, ouvre le champ des possibles, délie les langues et les gestes. Roman parfaitement contemporain (on y reçoit des appels de ses parents sur un téléphone portable), La vie princière provoque cependant chez le lecteur la sensation d’être projeté hors du temps. Le somptueux décor…

Cœurs silencieux, par Anne Brécart, éditions Zoé
CRITIQUE , ROMAN / 28 décembre 2017

Dans ses Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand écrit ceci: «Montaigne dit que les hommes  vont béant aux choses futures: j’ai la manie de béer aux choses passées. Tout est plaisir, surtout lorsque l’on tourne les yeux sur les premières années de ceux que l’on chérit; on allonge une vie aimée; on étend l’affection que l’on ressent sur des jours que l’on a ignorés et que l’on ressuscite; on embellit ce qui fut de ce qui est; on recompose de la jeunesse.» Avec Cœurs silencieux, Anne Brécart recompose indiscutablement de la jeunesse. Est-il possible de remonter aux sources de l’amour et du désir? Arrivée au milieu de la cinquantaine, Hannah quitte celui qui a partagé vingt-cinq années de sa vie. D’abord réfugiée chez une amie du même âge et de même situation, elle saisit le prétexte du règlement de la succession de sa mère pour retourner à Chandossel, son village d’enfance. Dans la maison familiale, Hannah est rattrapée par le passé, par les odeurs, par les ciels et par la nature. Rien n’a changé ou presque dans le village fribourgeois. Au premier réveil dans cette demeure du souvenir, il est là, devant la porte, pour l’aider à porter les bûches qui alimenteront le…

Etre ici est une splendeur – Vie de Paula M. Becker, par Marie Darrieussecq, P.O.L. éditeur
BIOGRAPHIE , CRITIQUE , ESSAI / 20 décembre 2017

Un geste amoureux. Ainsi Marie Darrieussecq définit-elle l’écriture de cette biographie, rédigée alors qu’avec Julia Garimorth  et Fabrice Hergott, elle préparait l’exposition Paula Modersohn-Becker au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris programmée d’avril à août 2016, «un printemps et un été pour Paula, cent dix ans après son dernier séjour parisien. Ecrire, montrer, c’était pour moi le même geste amoureux.» Au-delà de ce geste amoureux, il existe une large communauté d’intérêts entre Paula M. Becker et Marie Darrieussecq. La vie de la première est jalonnée des thèmes chers à l’œuvre romanesque de la seconde. A commencer par la tension entre conjugalité et liberté. Mariée au peintre Otto Modersohn, Paula s’émancipe de la peinture traditionnelle pratiquée par son mari en cherchant et en innovant sans cesse. Si elle aime son mari, que lui l’aime en retour, elle ne rêve que de s’échapper de ce mariage. Une tension qui se fait aussi géographique. De son village de Worpswede, près de Brême, au nord de l’Allemagne, Paula M. Becker n’aspire qu’à rejoindre Paris, ce qu’elle fera, la première fois le 1er janvier 1900. Dans le monde si masculin de la peinture du début du 20è siècle, le parcours de Paula M….

Vita Nova, par Pascal Dethurens, Infolio éditions
CRITIQUE , RECIT / 11 octobre 2017

«J’espère dire d’elle ce qui jamais ne fut dit d’aucune femme.» L’épigraphe de ce récit, empruntée à Dante est une promesse. Promesse tenue de bout en bout par Pascal Dethurens dans ce récit puissant, tant par la forme que sur le fond. Le rire de Chiara, ce rire que Giovanni perçoit et localise tout en haut d’une tour de la place du Campo, à Sienne. Le rire, puis le regard de Chiara redescendue de son perchoir. «Elle était la promesse qui ne pouvait pas être tenue», parce que fille de famille, parce que trop vite partie de Sienne, parce que trop tôt partie pour l’éternité. Giovanni cherchera Chiara partout, d’abord à toute allure au guidon de sa moto, puis dans les cieux de l’Italie et de l’Afrique aux commandes d’un avion. Giovanni est pilote dans l’armée de Mussolini. Chiara est partout dans le ciel, la lumière, les parfums et les rues. «Du jour où il avait croisé son regard une nouvelle vie s’était imposée à lui, impérieuse, misérable, écrasante.» C’est pourtant cette nouvelle vie qui lui ouvre les portes de la joie, même si «après tout ce temps, de cela au moins il était certain, elle était devenue une ombre,…

A Paris! mais avec…, par Nathalie Infante et Thierry Dancourt, Les éditions Marie-Louise
CRITIQUE , JEUNESSE / 22 août 2017

Très joli album jeunesse que celui proposé par Les éditions Marie-Louise, sous le pinceau de Nathalie Infante et la plume de Thierry Dancourt qui nous proposent de revisiter la capitale française, mais avec un regard neuf, poétique, curieux, cherchant le particulier sans tomber dans l’anecdotique. Une capitale sans ses contraintes, sans ses embouteillages et son bruit. Les lieux choisis sont paisibles, magnifiquement évoqués par le trait sensible de l’illustratrice. Les personnages aussi sont attachants et poétiques. Rémy Darcey qui s’est installé, venu d’Amiens, dans le quartier Seine Rive Gauche. C’est un solitaire qui a un penchant un peu trop prononcé pour les fleurs. Il fait la connaissance de Charles Montfort et de Lucien, le Prince des oiseaux. Darcey et Montfort vont rencontrer Modesty lors de l’une de leurs promenades et l’amour sera au rendez-vous. Le jeune lecteur découvrira quelques secrets de Paris (les ruches logées sur le toit de l’Opéra), enrichira son vocabulaire grâce au juxtapositions de synonymes chères à Monsieur Montfort, découvrira la force des lois, celles des hommes et celles de l’amour. Sans oublier les 81 chats qui se cachent dans les 53 pages de ce petit bijou. A Paris! mais avec…, par Nathalie Infante et Thierry Dancourt,…

La Nuit je mens, par Cathy Galliègue, éditions Albin Michel
CRITIQUE , ROMAN / 18 juillet 2017

Il faut avoir beaucoup vécu, beaucoup souffert et, surtout, beaucoup aimé pour écrire un roman de cette trempe. La Nuit je mens est un roman d’amour, ou plutôt un roman d’amours. A commencer par l’amour inconditionnel, obsédant, total, celui de Mathilde pour Guillaume. Un premier amour à sens unique ou presque, une histoire qui n’est pas à l’eau de rose, mais qui relève plutôt de l’au-delà! Car Guillaume s’est donné la mort. Mais il continue de hanter la vie de Mathilde qui, dans l’intervalle, a rencontré Gaspard. Amour ou désamour fraternel ensuite. Mathilde et Constance sont jumelles, mais tout les oppose. Et lorsqu’il s’intéressera à Mathilde, Gaspard croira avoir affaire à Constance… Mais les jumelles se détestent et il faudra l’intervention de la mère de Gaspard pour qu’elles se rapprochent. Amour filial enfin. Cathy Galliègue décrit avec une grande finesse les rapports de Mathilde avec ses parents, ceux de Gaspard avec les siens et même, en passant, ceux qui n’unissent pas Guillaume à son père. «Un amour jusqu’au frontière de la folie» nous dit la quatrième de couverture. Pas si sûr! Car qu’est-ce que la folie? «La normalité ne serait-elle finalement qu’un compromis?» interroge fort justement Cathy Galliègue. Mathilde ne…

Repose-toi sur moi, par Serge Joncour, Editions Flammarion, Prix Interallié 2016
CRITIQUE , PRIX LITTERAIRES , ROMAN / 27 mai 2017

Aurore est l’archétype de la femme qui a réussi. Un mari américain, business angel en pleine ascension, deux enfants (jumeaux fille et garçon) et un talent de styliste reconnu. Elle fonctionne dans une sorte de routine et ne plus faire l’amour avec Richard depuis trois ans ne semble pas être un problème. Les problèmes se situent plutôt du côté de sa marque (son propre nom) et de Fabien, son perfide associé. Ludovic, le voisin d’Aurore est veuf. Mathilde est morte d’un cancer, trois ans auparavant. Du coup, il a quitté la ferme familiale pour laisser la place à sa sœur et à son beau-frère et s’est reconverti dans le recouvrement de dettes. Dans la cour de l’immeuble, une paire de corbeaux effraie terriblement Aurore. Ludovic va lui permettre de retrouver sa sérénité. Entre eux naît une passion d’abord physique, tactile, qui se transformera en amour. Ce sont deux solitudes qui se rencontrent. Aurore ne se confie à personne, pas même à Richard. Elle assume tout, toute seule. Ludovic non plus ne se confie à personne. Sa vie est entre parenthèses, même s’il la passe à rendre service à tout le monde. C’est donc tout naturellement qu’il va rendre service à…