Etre ici est une splendeur – Vie de Paula M. Becker, par Marie Darrieussecq, P.O.L. éditeur

Un geste amoureux. Ainsi Marie Darrieussecq définit-elle l’écriture de cette biographie, rédigée alors qu’avec Julia Garimorth  et Fabrice Hergott, elle préparait l’exposition Paula Modersohn-Becker au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris programmée d’avril à août 2016, «un printemps et un été pour Paula, cent dix ans après son dernier séjour parisien. Ecrire, montrer, c’était pour moi le même geste amoureux.»

Au-delà de ce geste amoureux, il existe une large communauté d’intérêts entre Paula M. Becker et Marie Darrieussecq. La vie de la première est jalonnée des thèmes chers à l’œuvre romanesque de la seconde. A commencer par la tension entre conjugalité et liberté. Mariée au peintre Otto Modersohn, Paula s’émancipe de la peinture traditionnelle pratiquée par son mari en cherchant et en innovant sans cesse. Si elle aime son mari, que lui l’aime en retour, elle ne rêve que de s’échapper de ce mariage. Une tension qui se fait aussi géographique. De son village de Worpswede, près de Brême, au nord de l’Allemagne, Paula M. Becker n’aspire qu’à rejoindre Paris, ce qu’elle fera, la première fois le 1er janvier 1900.

Dans le monde si masculin de la peinture du début du 20è siècle, le parcours de Paula M. Becker ne pouvait qu’interpeller Marie Darrieussecq: «Peut-être est-elle consciente de ce quelque chose à dire, de ce quelque chose à elle, d’encore presque inouï, d’encore presque non vu: une femme peint des femmes.» Paula M. Becker ira plus loin encore. Elle sera la première femme à se peindre nue. Un geste d’une nouveauté à peine imaginable.

Il y a également chez la jeune peintre une ambivalence face au désir d’enfant, ambivalence qui trouve son dénouement avec la tragique ironie du décès en couches de Paula, au terme de sa première grossesse. Elle avait 31 ans.

Marie Darrieussecq met encore en lumière, et avec quel talent, la frontière poreuse qui sépare l’amour de l’amitié. L’amitié qui lie Paula M. Becker a Rainer Maria Rilke relève du lien éternel. Paula est probablement la seule femme à ne pas avoir cédé au charme de Rilke qui écrira pourtant pour elle le Requiem pour une amie. Rilke qui donne aussi son titre à ce magnifique ouvrage. Etre ici est une splendeur figure dans les Elégies de Duino.

Paula M. Becker ne se contente pas de peindre. Elle écrit aussi, et beaucoup. Marie Darrieussecq a scruté avec bienveillance sa vaste correspondance et son journal, disponible en allemand, et en anglais.

Marie Darrieussecq a littéralement traduit l’œuvre de Paula M. Becker dans la biographie de celle qui est aujourd’hui beaucoup plus connue que son mari. Elle laisse, cette biographie, une impression forte. Celle d’une femme qui avait compris, contrairement à son époux, que la peinture était en pleine mutation. Paula M. Becker meurt en 1907, au moment précis où nait le cubisme, qu’elle ne connaîtra pas. Schade!

Etre ici est une splendeur, par Marie Darrieussecq, P.O.L. éditeur, 2016, 148 pages

Etre ici est une splendeur, CD audio, par Marie Darrieussecq, Editions des femmes, 2016.

Etre ici est une splendeur, par Marie Darrieussecq, éditions Folio, 2017, 160 pages

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