Virgules en trombe, par Sarah Haidar, éditions Libertalia

[RENTRÉE AUTOMNE 2018] Il y a un peu plus d’un an, je vous parlais de ce presque roman incroyable, hors norme. Je regrettais alors qu’il ne soit pas possible de se le procurer en France, Suisse, Belgique, ni même de le trouver en ligne. J’avais reçu un exemplaire de son éditeur algérien, APIC éditions. Mais voici la bonne nouvelle du jour, les éditions Libertalia publient aujourd’hui même ce bijou absolu. Voici donc ce que j’en disais en septembre 2017.

Après trois romans écrits en arabe, Sarah Haidar publie Virgules en trombe en 2013. Rédigé en français, ce «presque roman» reçoit le Prix des Escales littéraires d’Alger en 2013. Il donne surtout au lecteur à sentir, et presque à vivre, l’affrontement qui oppose sans trêve l’auteur aux mots, aux personnages, aux situations, à l’inspiration. Dédié «à la littérature, sublime salope sans scrupules…», Virgules en trombe change de narrateur, de sujet, de point de vue, à chacun de ses vingt-trois chapitres. Qui parle? L’auteur? L’un des personnages? Un autre narrateur? Qu’importe! Car ce qui compte dans cet OLNI (Objet littéraire non identifié), c’est la puissance des mots, l’extrême cruauté des situations. Ecrire est une torture, un viol subi, mais dont l’absence ou le retrait sont plus violents encore. Il y a du sexe, il y a du sang, il y a de la sueur dans ce «presque roman» organique, orgasmique et mental. Car pour Sarah Haidar, journaliste et romancière algérienne, il n’y a rien de confortable, ni rien d’agréable dans l’acte d’écrire. Sa langue est pourtant foisonnante, véritable matière brute de la pensée: «On peut tout voir dans un livre mais sans jamais pouvoir le toucher.»

Sarah Haidar rejoint Céline et Philippe Djian dans sa conception de la littérature: «On ne doit jamais rien raconter dans un livre! Tout ce que je sais est trop clair pour l’encre, trop blanc pour la feuille…» Est-ce à dire qu’il existe un fossé entre la littérature et la vie, entre la vie et la littérature? Sarah Haidar a son avis sur la question: «parce que l’écriture a cela de plus luxueux que la vie: elle n’a pas besoin de se réaliser!» Mais trois pages plus loin: «parce que la vie a cela de plus facile que l’écriture: elle n’a pas besoin des vivants pour se réaliser!» On ne peut plus lire de la même façon après avoir refermé Virgules en trombe. Et au cas où on aurait la tentation d’écrire, on se dit qu’il vaut mieux y réfléchir à deux fois.

Virgules en trombe, par Sarah Haidar, éditions Libertalia, 2018, 200 pages

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