Le Paris d’Apollinaire, par Franck Balandier, Éditions Alexandrines
BIOGRAPHIE , CRITIQUE , POESIE / 26 septembre 2018

[RENTRÉE AUTOMNE 2018] J’ai déjà dit tout le bien  que je pense d’APO, l’excellent ouvrage de Franck Balandier aux éditions Le Cator Astral Et voici qu’APO est fort judicieusement accompagné d’un joli petit volume de l’excellente collection Le Paris des Écrivains des Éditions Alexandrines. Point de fiction en l’occurrence; Franck Balandier met sa plume au service d’Apollinaire et, surtout, de Paris. Le lecteur attrape donc Apollinaire lorsqu’il arrive à Paris. Il a dix-neuf ans et mange son pain noir. Il se lasse vite des petits boulots, voit deux de ses poèmes publiés par la revue La Plume et fréquente les soirées littéraires du café Le Soleil d’or. Apollinaire sait déjà où il faut se montrer et qui il faut fréquenter, comme il saura, plus tard, détecter la concurrence et, parfois, s’en servir: la modernité de Zone entre en effet en concurrence directe avec celle des Pâques à New York de Blaise Cendrars, qui deviendra son ami, mais qu’il se gardera pourtant bien de recommander au Mercure de France. Franck Balandier n’oublie rien, ni les amours, de Marie Laurencin à Jacqueline, en passant par Lou, ni les démêlés avec la justice (qui font le cœur d’APO), ni l’invention d’un nouveau mot…

Légende d’un dormeur éveillé, par Gaëlle Nohant, éditions Héloïse d’Ormesson
BIOGRAPHIE , CRITIQUE , POESIE , ROMAN / 23 octobre 2017

[RENTREE AUTOMNE 2017] Il y a les livres qui vous plaisent, ceux après la lecture desquels vous n’êtes plus tout à fait pareil et ceux qui vous ébranlent, profondément, durablement. Légende d’un dormeur éveillé est de ceux-là! Quel torrent d’amour pour Robert Desnos a-t-il fallu à Gaëlle Nohant pour tisser ce subtil roman biographique, le surpiquer de citations qui font toujours sens et éclairent le récit? Desnos n’a jamais adhéré à aucune chapelle, ni celle du surréalisme corseté par un Breton dictatorial, ni celle du communisme, chère à Aragon et omniprésente dans les réseaux de la naissante Résistance. Le poète est d’un bloc, droit dans ses bottes, quoi qu’il advienne. Hors la poésie, amis et amours mobilisent toute son âme, toutes ses pensées. L’amitié fraternelle pour Jean-Louis Barrault, ou celle plus taquine qui l’unit à Prévert. Les amitiés poétiques aussi avec ses frères en mots et souvent en convictions: Pablo Neruda, Federico Garcia Lorca ou Paul Eluard. Il y a l’amour innaccesible de ses jeunes années, son adoration pour la chanteuse Yvonne Georges qui toujours se refusera à lui mais pour qui il acceptera même de fumer l’opium. Et puis, il y a Youki, que le peintre Foujita lui confiera…

chute et ravissement, par Brigitte Fontaine, éditions Actes Sud
CRITIQUE , POESIE / 17 septembre 2017

Il faut placer ce texte dans le contexte de la collection Le Souffle de l’esprit d’Actes Sud. «La collection Le Souffle de l’esprit se veut le reflet d’un ouverture des uns aux autres, à travers la prière, la réflexion, la méditation. Nous avons demandé à des personnalités religieuses ou laïques, croyantes, athées ou agnostiques, de nous faire part de leurs « prières », qu’elle soient une invocation à Dieu ou une réflexion de sagesse sur l’humain et son devenir.» Alors? Ce chute et ravissement? Prière? Invocation au Dieu Rimbaud? Une chose est sûre, c’est bien à Rimbaud que s’adresse Brigitte Fontaine. Mais peut-être aussi et surtout à nous tous qui ne sommes pas sortis du Servage. Rimbaud qui «ne veut savoir rien/ des fashion weeks», mais Rimbaud qu’on implore: «Arthur/peux-tu nous aider à traverser la rue/nous sommes de vieilles dames vaincues/des vieillards surgelés.» Brigitte Fontaine ne lit plus Rimbaud, elle le porte dans son cœur, lui rend hommage, mais le rabroue aussi: «le bateau ivre, ouais ouais, mais un peu académique non?» Rimbaud qui n’est jamais aussi grand pour Brigitte Fontaine que quand il cesse d’écrire. «Il n’y a pas de secours/pas de recours/seul seule pour toujours/sans même l’amour/l’amour du plein/l’amour du…

De l’enfance éperdue, par Pierre Voélin, éditions Fata Morgana
CRITIQUE , POESIE , ROMAN / 4 juin 2017

Belle plongée dans une enfance rurale et proche de la nature. Dans une langue magnifique, Pierre Voélin livre un portrait impressionniste et saisissant. Le lecteur s’imprègne de senteurs, de couleurs, d’humidité et de vent. A la limite entre enfance éperdue et enfance perdue – la vie à la campagne exige de grandir vite – ce beau livre flirte avec les époques. Est-il d’aujourd’hui, d’hier ou d’avant-hier? Peu importe, tout prend ici une dimension universelle et s’adresse à la part d’enfance qui subsiste en chacun de nous. De l’enfance éperdue, par Pierre Voélin, éditions Fata Morgana, 2017, 88 pages

De sang et de lumière, par Laurent Gaudé, Editions Actes Sud
CRITIQUE , POESIE / 16 mars 2017

«Nous avons besoin des mots du poète, parce que ce sont les seuls à être obscurs et clairs à la fois. Eux seuls, posés sur ce que nous vivons, donnent couleurs à nos vies et nous sauvent, un temps, de l’insignifiance et du bruit.» Ainsi s’achève l’introduction à ce magnifique recueil de poèmes. Introduction dans laquelle Laurent Gaudé en appelle à une «poésie moite et serrée comme la vie de l’immense majorité des hommes.» Et cette poésie, l’auteur nous l’offre dans les pages qui suivent. En vers libres, Laurent Gaudé nous dit ce qui le blesse jusque dans sa chair, ce qui l’émeut, ce qui le révolte, ce qui l’abat, ce qui le relève aussi, à l’instar du monumental Serment de Paris qui termine l’ouvrage. «Ne laissez pas le monde vous voler les mots» écrit Gaudé dans Ecoutez nos défaites, son dernier roman. Sa poésie est cohérente, escamote l’insignifiance, fait taire le bruit. La traite négrière, la cause kurde, les plaies multiples d’Haïti ne sont plus des images de journal télévisé. Ce sont des mots pour dire les maux de notre monde. Des mots que ce monde ne nous volera pas tant que nous continuerons à leur accorder leur valeur…

Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, par Charles Bukowski, Editions Points
CRITIQUE , POESIE / 11 février 2017

Le 9 mars, il y aura 23 ans que Charles Bukowski nous a quittés. Tout le monde se souvient de son passage dans l’émission Apostrophe, le 22 septembre 1978, une émission mouvementée sur laquelle les versions divergent mais qui ont fait de l’Américain un écrivain-culte. L’un de ces écrivains dont on parle beaucoup, mais qu’on lit de moins en moins. Ses romans et nouvelles ont pourtant inspiré de nombreux réalisateurs. Les éditions Points publiaient en 2011 Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, un recueil d’une petite centaine de poèmes qui retracent essentiellement les premières années d’écriture de l’auteur. Le recueil est dédié à Jane, sa compagne, rencontrée alors qu’il avait 26 ans, alcoolique et avec qui il vivra une vie mouvementée durant une dizaine d’années. C’est l’époque où Bukowski n’a pas encore été publié, qu’il s’engage à la poste pour survivre et où il découvre les courses hippiques, l’autre grande passion de sa vie. Les poèmes de ce recueil qui évoquent Jane sont splendides de profondeur et de désespérance. D’amour aussi. Se promener dans les poèmes de Bukowski, c’est accepter de descendre dans les profondeurs les plus noires, celles de la vie de bohème, d’alcool,…