Lettres à Joséphine, par Nicolas Rey, éditions Au Diable Vauvert
AUTOBIOGRAPHIE , EROTIQUE , ROMAN / 24 février 2019

Il est regrettable que quatre-vingt pour cent des lecteurs de romans soient des lectrices. Car les hommes, et même ceux d’un certain âge pour ne pas dire d’un âge certain, trouveraient à se nourrir de ces Lettres à Joséphine. On connaît le penchant de Nicolas Rey pour les romans autobiographiques. On ne s’aventurera pas à deviner le degré autobiographique de celui-ci, même si le signataire des lettres n’est autre que Nicolas Rey. Mais on en appréciera la justesse de ton et la très probable sincérité. Qu’est-ce que la passion. L’auteur va en chercher une superbe définition chez Brautigan : «Il comprit pendant ce trajet que le monde se divisait en deux catégories antinomiques. Ce fut pour lui une illumination, une découverte. Non pas les riches et les pauvres, les dominants et les dominés, ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas. Cela, ce sont des catégories secondaires, bien visibles, non essentielles, quasiment anecdotiques dont la première raison d’être est d’occulter la véritable partition de la réalité. Non, le monde se divise entre ceux qui vivent l’urgence et la beauté suffocante d’une folle passion et ceux qui ne vivent pas l’urgence et la beauté suffocante, étourdissante, obsessionnelle d’une folle…

Madame Pylinska et le secret de Chopin, par Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel
AUTOBIOGRAPHIE , CRITIQUE , RECIT / 24 août 2018

Dans Plus tard je serai un enfant, son livre d’entretien avec Catherine Lalanne, Eric-Emmanuel Schmitt avoue: «Si Méphistophélès, le ministre de Satan, apparaissait et me proposait d’effacer tout ce que j’ai déjà écrit pour devenir l’auteur d’un air de Mozart ou d’un prélude de Chopin, je lui dirais «oui» aussitôt». L’auteur confirme cette confidence dans son récit autobiographique, Madame Pylinska et le secret de Chopin. D’abord réfractaire au piano familial, un Schiedmayer droit et plutôt massif, le jeune Eric-Emmanuel Schmitt lui trouve toutes les grâces après que sa tante Aimée en fasse surgir «l’efflorescence d’un univers parallèle, l’épiphanie d’une manière d’exister différente». Grâce à Chopin, évidemment! Pas étonnant dès lors que ce récit s’inscrive dans Le Cycle de l’invisible, à la suite de Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose, L’Enfant de Noé, Le Sumo qui ne pouvait pas grossir et Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus. Car il ne s’agit pas seulement de percer le secret de Chopin («Il y a des secrets qu’il ne faut pas percer mais fréquenter: leur compagnie vous rend meilleur»), il s’agit aussi et surtout de comprendre la vie. Pour apprivoiser Chopin, Eric-Emmanuel Schmitt fait…

Puisque tout passe, par Claire Chazal, éditions Grasset
AUTOBIOGRAPHIE , CHRONIQUES , CRITIQUE / 30 juillet 2018

Après avoir présenté durant vingt-quatre ans les journaux du week-end sur TF1, Claire Chazal est brutalement écartée de l’antenne en 2015. «Sale année 2015, qui aura vu la mort de ma mère, le départ de mon fils du nid que nous occupions tous les deux, et l’arrêt de ma carrière. Tout ça est dans l’ordre des choses, peut-être, mais je ne m’y résous pas.» Trois ans plus tard, Claire Chazal publie Puisque tout passe. Ces fragments de vie, de courts chapitres qui tissent une toile impressionniste de la journaliste et de la femme, jettent un éclairage étonnant sur le personnage public. Le lecteur découvre effectivement une femme inquiète, fragile, parfois mélancolique, souvent solitaire. Malgré la pudeur des propos, les blessures sont perceptibles, compréhensibles, les blessures amoureuses en particulier. Claire Chazal s’interroge beaucoup, sur son métier, sur sa vie, sur le temps qui passe et qui l’effraye, sur la mort (celles de son père et de sa mère, mais sur la sienne propre aussi, qui laissera son fils François orphelin). L’auteur revient aussi sur son enfance, ses amies (dont l’une est une presque sœur), ses parents issus de milieu modeste et devenus enseignants tous les deux à force de détermination. Claire…

Vous connaissez peut-être, par Joann Sfar, éditions Albin Michel
AUTOBIOGRAPHIE , CRITIQUE , ROMAN / 29 août 2017

[RENTREE AUTOMNE 2017] Vous connaissez peut-être, c’est la phrase que vous impose régulièrement Facebook pour vous suggérer de nouvelles amitiés virtuelles. Dans ce roman autobiographique, Joann Sfar nous raconte sa rencontre virtuelle avec la jeune et jolie Lili, et celle, bien réelle par contre, avec Marvin, un bull-terrier extrêmement malin, mais tueur de chats. «Tout est vrai sinon ce n’est pas drôle» nous prévient l’auteur. Si tout est vrai, ce n’est pas drôle du tout. Car ce que le lecteur prend d’emblée en pleine face, c’est l’immense souffrance de l’auteur, sa peur panique de la solitude. S’il s’inscrit dans la continuité de Comment tu parles de ton père, ce roman est beaucoup plus violent. Et plus foutraque dans sa construction. Joann Sfar nous y dévoile sa vie sexuelle dans le détail, mais parle aussi de ses débuts de prof aux Beaux-Arts et fait régulièrement référence à Gainsbourg, évidemment. Mais la véritable question que pose ce roman dérangeant est celle de la création. Comment continuer à raconter des histoires à des gens qui passent trois heures par jour devant des écrans? Quelle part de vérité et quelle part de fiction dans ce que délivrent les réseaux sociaux? Joann Sfar prendra la…

Comme un enfant perdu, par Renaud Séchan, XO Editions
AUTOBIOGRAPHIE , CRITIQUE / 25 janvier 2017

Premier constat, Renaud signe son livre de son nom complet, Renaud Séchan. Ce n’est pas le chanteur qui nous parle, c’est l’homme, ou plutôt l’enfant qu’il aurait tant aimé rester. Voilà qui nous amène directement au titre, Comme un enfant perdu. L’auteur aurait pu se passer du «comme». Renaud est un enfant perdu. Perdu dans un monde adulte qui foule aux pieds les idéaux de son enfance et de sa jeunesse, perdu dans un milieu où il a honte d’être célèbre et de gagner beaucoup d’argent, perdu dans un monde où les mensonges et les cachoteries découverts brisent à jamais la confiance, perdu dans un monde où, sans le vouloir, il étouffe de sa célébrité son propre père, écrivain, qu’il estime avoir privé d’un succès pourtant mérité. Les blessures de Renaud sont profondes, il les confie pourtant sans fard: cette honte de la réussite, la paranoïa développée à Moscou et qui ressurgit à Cuba pour ne plus le quitter, l’alcool pour rendre cette parano supportable. L’alcool qui l’emmène loin dans l’autodestruction et qui lui fait tutoyer la mort. Joliment écrit, grâce notamment à l’accompagnement pas à pas de Lionel Duroy, cette autobiographie éclaire le personnage de ses propres mots et…

Une activité respectable, par Julia Kerninon, Editions du Rouergue
AUTOBIOGRAPHIE , CRITIQUE / 24 janvier 2017

C’est Le Matricule des Anges qui avait attiré mon attention sur Buvard, le premier roman de Julia Kerninon, un hommage à la littérature et à l’acte d’écrire. C’est donc tout naturellement que je me suis penché sur Une activité respectable. Nouvelle ode à l’écriture et à la lecture, ce récit autobiographique retrace les vingt-cinq années d’écriture de l’auteure, qui n’a pourtant que trente ans. Elle a grandi avec un père et une mère hors normes, sa mère en particulier, accro aux livres, fine conseillère en écriture et, longtemps, meilleure amie de sa fille. Dans ces soixante pages, Julia Kerninon se livre, sans impudeur mais avec sincérité. Ce qu’elle nous fait comprendre, c’est que si elle écrit, c’est parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Quitte à bosser six mois comme serveuse à un rythme endiablé pour pouvoir lire et écrire six autres mois durant. S’il ne s’agissait que de cela, ce livre serait purement anecdotique. Et, finalement, le parcours de Julia Kerninon importe peu. Ce qui compte, c’est son écriture où chaque mot est soigneusement choisi et tient une place précise dans des phrases souvent très longues, mais dans lesquelles le lecteur jamais ne se perd. Une écriture qui possède…

«Arrête avec tes mensonges», par Philippe Besson, Editions Julliard
AUTOBIOGRAPHIE , CRITIQUE , ROMAN / 20 janvier 2017

«Arrête avec tes mensonges». La mère de Philippe Besson disait «mensonges» plutôt qu’«histoires». Philippe Besson a en effet la capacité de forger des histoires qui savent nous séduire, roman après roman. Mais s’il est effectivement écrit «Roman» sur la page de garde d’«Arrête avec tes mensonges», c’est bien d’un récit dont il s’agit ici, un récit autobiographique. 1984, Philippe Besson a dix-sept ans. Bon élève, il est aussi souvent moqué par ses camarades en raison de son allure, de ses vêtements, de ses manières. C’est le temps également où il prend pleinement conscience de son orientation sexuelle. Pas si simple dans un petit village de Charente. C’est encore moins simple pour Thomas Andrieu, à qui le livre est dédié, fils de paysan appelé à reprendre l’exploitation familiale. C’est l’histoire d’un premier amour que nous raconte avec brio Philippe Besson, un grand amour qui couve sous le désir adolescent. Au sein de cette paire, qui ne peut pas être un couple, qui ne peut pas se vivre au grand jour, c’est Thomas qui fixe les règles: ne jamais se montrer, ne jamais en parler, à personne! Avec des mots parfois crus, Philippe Besson expose pourtant avec beaucoup de finesse l’apprentissage du…

Toutes ces grandes questions sans réponse, par Douglas Kennedy, Editions Belfond
AUTOBIOGRAPHIE , CRITIQUE , ESSAI / 15 octobre 2016

Etonnant ouvrage que celui de Douglas Kennedy, entre confession intime, essai philosophique et autobiographie. On découvre de larges pans de la vie personnelle de l’auteur et, notamment, l’existence de Max, son fils autiste. La lecture de ces pages éclaire aussi d’une lumière nouvelle l’œuvre romanesque de Douglas Kennedy qui n’hésite pas à faire part de ses doutes (jusqu’à la tentation de la mort), de son rapport aux femmes ou à l’argent. Ce qui frappe le plus, ce sont les relations exécrables et d’une violence inouïe avec ses parents qui ne lui auront rien épargné. Les admirateurs du romancier aimeront ce livre qui suit le grand principe de la philosophie, à savoir poser les questions plutôt que d’y répondre. L’écrivain nous démontre pourtant que nous sommes, dans la plupart des cas, les artisans de nos propres malheurs. Les lecteurs les plus téméraires tenteront peut-être l’apprentissage du patin à glace, un apprentissage qui est pour Douglas Kennedy l’«hasardeuse poursuite d’un équilibre». On découvre enfin un Douglas Kennedy fin connaisseur de musique classique.   Toutes ces grandes questions sans réponse, par Douglas Kennedy, Editions Belfond, 362 pages

Les Lueurs, par Matthieu Mégevand, Editions L’âge d’homme
AUTOBIOGRAPHIE , CRITIQUE , RECIT / 20 mars 2016

Dix ans après les événements, Matthieu Mégevand revient dans ce récit sur la maladie qui l’a frappé alors qu’il n’avait que vint-et-un ans. La maladie? Un lymphome de Hodgkin, soit un cancer du système lymphatique. Le récit commence par les vacances de jeunes adultes dans le sud de la France. Premières manifestations de la maladie qui n’est pas encore perçue comme telle. Retour à Genève. Premiers examens, diagnostic. «Ce que me dit ce radiologue et qui ne laisse plus aucun doute: « Un écartement au niveau du cœur ». Cette phrase-là, elle résonne dans ma tête. Elle change toute ma vie.» Pour l’auteur, il s’agit d’explorer ce que la mémoire a retenu de ces événements qui ont changé toute sa vie. Qu’a retenu la mémoire, qu’a-t-elle oublié? Dès les premières pages, cet aveu : «Je dois le dire. Ce premier souvenir que je raconte: le mettre ainsi par écrit, le mettre en mot déjà me coûte. Cela m’inquiète, cela dénature tout.» L’auteur s’acharne pourtant, fouille dans les souvenirs et dans un carnet noir où sont consignés les poèmes, les pensées, le journal de l’époque. Mais Matthieu Mégevand va plus loin et fait de ce récit un véritable objet littéraire. A chaque étape…