Indocile, par Yves Bichet, éditions Mercure de France

[RENTREE AUTOMNE 2017] Ce roman aurait pu s’appeler Insoumis, ou Objecteur. Il a pour titre Indocile. Il se déroule entre 1961 et 1963, il aurait pu se situer entre 1952 et 1954 ou entre 2015 et 2017. Car dire non à la guerre, qu’elle soit d’Algérie, d’Indochine ou contre Daesch, n’est pour une jeune Français de 18 ans, qu’une part de l’indocilité. Même si, au passage, Yves Bichet rend hommage à Louis Lecoin, insoumis dont la grève de la faim a fait peur au général De Gaulle, au point de faire reconnaître à ce dernier le statut d’objecteur de conscience, en 1963.

On retrouve, dans ce très beau roman, personnages et paysages du récit publié par l’auteur en 2000 chez Fayard, Les Terres froides. En particulier Antoine, l’ami d’enfance disparu, et la fillette marquée par la foudre. Les Terres froides devait initialement être publié dans la collection Haute-Enfance, chez Gallimard, une série de récits autobiographiques. Dans Les Terres froides, Yves Bichet écrivait à répétition sa «peur de la fiction». Avec Indocile, il a vaincu cette peur, s’est approché au plus près de la vérité, de sa vérité. Être Indocile, c’est avant tout avoir la capacité de dire non. Non à la guerre bien sûr, en l’occurrence celle d’Algérie, qui ne dit pourtant pas son nom, mais dire non aussi à Marianne, la mère d’Antoine qui fait de Théo son amant. Mais dire non à Marianne, c’est dire non au désir, qui n’est pas l’amour. L’amour est réservé à Mila.

Yves Bichet sait comme personne nous faire humer, palper, la terre, la mouillure des feuilles, la chaleur des cuisses, les parfums d’une vulve. La sexualité, c’est l’expression ample de la nature. Viens, pour l’amour, s’y ajouter la complexité de la pensée. Et dans cette France de 1961 – comme c’est le cas dans celle d’aujourd’hui – Théo ne comprend rien. Ni les raisons de la guerre, ni l’entêtement de son père à être un insoumis, lui aussi, ni moins encore le secret qui se niche au ventre des femmes.

Avec Indocile, Yves Bichet est au sommet de son art, celui qui sait dire la part organique de la terre et de l’homme, celui qui sait aussi nous dire qui il est, intimement.

Indocile, par Yves Bichet, éditions Mercure de France, 2017, 260 pages

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