Tina, par Christian Laborde, éditions du Rocher

Un nouveau roman de Christian Laborde en librairie, c’est la promesse d’une langue qui vous chuchote ou qui vous gueule à l’oreille. Avec Tina, elle chuchote. Elle chuchote dans la chambre où Léontine se donne à cet officier allemand. Elle chuchote dans ce train de marchandises qui conduit Tine à Toulouse pour échapper aux résistants. Elle chuchote dans ce couvent où elle est accueillie. Elle chuchote dans les bras de Viktor, son amant, son poète pour qui elle devient Tina à la lame du couteau.

Pas d’histoire compliquée avec ce court roman. Tina, c’est un conte. Un conte en boucle, qui commence où il finit et se termine où il débute. Un conte qui swingue comme la pluie sur les tuiles roses des toits, comme le répertoire de Renato Hiès, comme la voix de Lola Tapioka lorsqu’elle chante Some of this days. C’est le soleil et c’est la lune, c’est la pluie et c’est le vent qui tous prennent soin de Tina et de sa tignasse. Car oui, les héros de ce roman à l’éros affleurant, ce sont les cheveux de Léontine, la mèche de Tine qui lui fend le visage, «cette mèche, cette flamme qui, sur ce visage sublime, est la signature de la beauté, le gant du désir jeté au vent, il la connaît.»

Qu’il écrive sur le vélo, le chanteur Renaud, contre la corrida, pour Diane et ses stories en short, Christian Laborde lâche ses mots à la kalach, en rafales claquantes, en phrases qui terrassent de bonheur. Sa langue chante aussi bien que son ami Nougaro, sa plume à l’élégance de se laisser croire légère. Ses personnages sont de suite vos amis et les plus discrets d’entre eux, à l’instar du Gustin de ce Tina, sont souvent les plus importants, ceux qui comptent vraiment. Comme toujours, il y a de la musique chez Laborde, de la musique pour danser dans ce conte. Mais la musique est à chaque page grâce à la langue, clé qui vous arrache au sol, phrases qui vous crochent et vous accrochent, toujours à portée de lecteur.

Bref, Tina c’est la femme universelle, c’est le feu et c’est le vent, c’est un roman et c’est un conte. C’est surtout de la Littérature. Oui, avec un L majuscule, comme Laborde.

Tina, par Christian Laborde, éditions du Rocher, 2018, 122 pages

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