Mercy, Mary, Patty, par Lola Lafon, éditions Actes Sud

Cinquième roman de Lola Lafon, Mercy, Mary, Patty est un tournant dans le parcours littéraire de l’auteure. Pas de référence à la Roumanie ou à Nadia Comaneci dans cet ouvrage. Ce seraient notamment la photo de Patricia Hearst posant, arme à la main, devant le drapeau de l’Armée de libération symbionaise (ALS), et le Hey Joe de Jimi Hendrix (même si Lola Lafon préfère la version de Patti Smith) qui ont invité l’auteure à se pencher sur l’affaire Patricia Hearst. Fille et petite-fille de magnats de la presse, elle a dix-neuf ans lorsqu’elle est enlevée par l’ALS, le 4 février 1974. Mais il faudra attendre que Lola Lafon croise le destin de trois jeunes filles de Darfield lors d’une résidence au Smith College, dans le Massachusetts, pour que le roman s’écrive. Aux 17è et 18è siècles, Mercy Short, Mary Jemison et Mary Rowlandson sont enlevées par des Indiens. A l’instar de Patricia Hearst, elles préféreront rester avec leurs kidnappeurs plutôt que de retourner dans leurs familles.

La figure centrale du roman de Lola Lafon n’est pas Patty Hearst, mais bien un personnage de fiction, Gene Neveva, Américaine arrivée à la mi-trentaine, professeur de littérature et d’histoire au Smith College, elle est invitée à enseigner dans un collège français des Landes. Gene engage Violette, très vite rebaptisée Violaine, comme assistante. Gene a en effet été mandatée par les avocats de la famille Hearst pour rédiger un rapport d’expertise, notamment sur l’éventuel lavage de cerveau qu’aurait subi Patty. Gene exige de Violaine qu’elle découvre l’affaire dans son ordre chronologique. Elle lira donc les coupures de presse et écoutera les cassettes enregistrées par Patty Hearst dans cet ordre. Davantage qu’à l’affaire Patty Hearst elle-même, Lola Lafon s’intéresse à ses conséquences sur cette Amérique passionnée par le sort de l’héritière Hearst. Comme dans tous ses romans, l’auteure fouille l’enfermement, ses conditions et s’interroge sur les possibilités d’en sortir. Mais contrairement à ce qui se passe dans De ça je me console et dans Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, ce ne sont pas les faits qui provoquent le basculement et la prise de conscience, mais bien, comme dans La Petite Communiste qui ne souriait jamais, le cheminement d’une pensée.

La narratrice, troisième personnage de ce roman qui traverse trois générations, s’adresse à Gene Neveva à la deuxième personne du pluriel et l’interpelle, notamment, sur le pouvoir et l’emprise qu’elle a exercé sur Violaine. Car pour Lola Lafon, le charisme et la notoriété sont des pouvoirs dont il faut se méfier. Tout comme de l’utilisation des images qui sont au centre de l’affaire Patty Hearst. Terriblement actuel en somme.

Mercy, Mary, Patty par Lola Lafon, éditions Actes Sud, 2017, 240 pages

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