Livret de famille, par Magyd Cherfi, Editions Actes Sud

Il est particulièrement intéressant de relire Livret de famille, treize ans après sa parution. Premier livre de Magyd Cherfi qui s’est, depuis, retrouvé sur la liste du Goncourt avec Ma part de Gaulois, ce récit lançait des alertes, deux ans après l’accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle française. Magyd Cherfi y exprime le déchirement et le rejet avec sensibilité et justesse. Déchirement de ceux qui se sentent Gaulois mais qui vivent dans une communauté où la religion musulmane est omniprésente, bien que pratiquée, ou non, à des degrés très divers. Rejet de ladite communauté pour les progressistes, rejet de la France pour les conservateurs. Une image est particulièrement parlante. Elle concerne le match de football France-Algérie. Je criais Algérie, mais je pensais France, confie l’auteur.

«Ah ! Voltaire et Rousseau ! Quand on a lu ces mecs, on s’en remet pas. En assassinant Dieu, ils nous avaient fait naître une seconde fois». L’auteur convoque donc Voltaire et Rousseau pour revendiquer le droit à l’athéisme.

Le rapport à la femme est également abordé avec beaucoup de franchise, et le chapitre intitulé Autobus impérial en dit davantage que toutes les théories fumeuses sur l’intégration.

Au moment où paraît ce Livret de famille, la France n’a pas encore connu la repentance (qui fait regretter à l’auteur le fameux Nos ancêtres les Gaulois), Sarkozy n’a pas encore lancé le débat sur l’identité nationale, la Manif pour tous n’a pas encore réveillé les cathos réacs et la laïcité ne se résume pas encore au burkini et au voile.

Si l’on avait lu attentivement Magyd Cherfi, on aurait évité bien des écueils, mais avec des si…

Livret de famille, par Magyd Cherfi, Editions Aces Sud, 72 pages

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