Inhumaines, par Philippe Claudel, Editions Stock

Philippe Claudel pousse-t-il le bouchon trop loin ? Non ! Il pousse un peu, un peu seulement le curseur et jette sur notre société un regard au cynisme salvateur. D’aucuns ricaneront certainement à la lecture de ces vingt-cinq tranches de vie dans lesquelles les morts sont mangés par souci écologique, où les parieurs mettent en jeu leur femme pour deux mois d’esclavage sexuel et où les bobos se réparent à la tronçonneuse. Il y en a d’autres, et des pires ! Le tout, sous la protection bienveillante de l’Entreprise où tout se passe, tout se discute, tout se décide.

Plus d’émotions, plus d’envies, plus le moindre recul. Juste une capacité à ricaner, à se moquer, à blâmer, puis à éliminer. Philippe Claudel est en Colère avec un C majuscule. Et ça fait un bien fou ! Enfin, est-on tenté d’écrire. Enfin, quelqu’un pointe le fond du problème d’un doigt accusateur. Alors oui, Philippe Claudel parodie (à peine lorsqu’un galeriste vend pour une œuvre d’art le SDF mort devant sa boutique), mais il nous pose surtout une question fondamentale. Où allons-nous si nous continuons comme ça ? «Je vais certes voter» écrit-il, «mais je le fais sans conviction. La couleur de ceux qui nous gouvernent ne change plus l’aspect du monde. Je subis. Nous subissons. Et eux aussi. La loi des marchés et celle du climat. L’usure. La tristesse

Inhumaines ces vingt-cinq histoires ? Trop humaines peut-être. De ces humains capables de demander la mort de ceux qui violentent les animaux, mais incapables de s’émouvoir une seule seconde en voyant des milliers de vies disparaître dans une Méditerranée qui attend leur trempette indifférente l’été prochain.

Un roman essentiel qui dit l’urgence d’une reprise en main qui remplacerait les éléments de langage par des éléments de pensée !

Inhumaines, par Philippe Claudel, Editions Stock, 130 pages

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