Le baiser et la morsure, par Yasmina Khadra, entretiens avec Catherine Lalanne, Bayard éditions

On avait déjà beaucoup aimé Plus tard je serai un enfant, le livre d’entretiens de Catherine Lalanne avec Eric-Emmanuel Schmitt. La collection L’Atelier de l’enfance, chez Bayard, s’étoffe avec Le baiser et la morsure, entretiens de la toujours subtile et attentive Catherine Lalanne avec Yasmina Khadra.

«J‘ai cessé d’être un enfant à l’instant où j’ai franchi le portail de la caserne.» L’aveu de l’auteur de Ce que le jour doit à la nuit est sans équivoque. Il a 9 ans lorsque son père l’emmène à l’hôpital militaire pour une visite médicale. Une semaine plus tard, il entre à la caserne pour devenir un cadet de la révolution. Mohammed Moulessehoul est issu d’une tribu de poètes, les Doui Menia, une lignée de pionniers qui s’est implantée dans la Saoura, au nord-ouest du Sahara algérien, au 13è siècle. L’écrivain raconte à Catherine Lalanne la grandeur, puis la chute de cette tribu face à l’armée française, en 1903.

Mohammed Moulessehoul passe trente-six années de sa vie dans les rangs de l’armée algérienne. Il rêvait pourtant de devenir poète en lange arabe, comme son grand-père. C’est la lecture de L’Etranger, d’Albert Camus, proposée par son professeur Yvon Davis, qui va tout changer: «je ne voulais plus devenir poète en arabe, mais romancier en français.»

Sa vocation d’écrivain (il écrit son premier conte à l’âge de dix ans, Petit Mohammed, sur le modèle du Petit Poucet) lui vaut brimades et moqueries de la part de ses camarades soldats. Ce statut d’artiste freine également sa carrière militaire: «j’ai obtenu la médaille du Mérite, mais pas les galons qui vont avec» confie-t-il. Revers de la médaille, son passé de militaire suscitera la méfiance dans les rangs des écrivains français.

Les pages consacrées à son épouse, Amal Yasmina Khadra, sont extrêmement touchantes. Elles démontrent que d’un mariage arrangé peut naître un véritable et grand amour. L’épouse de Mohammed lui offre deux de ses trois prénoms en guise de pseudonyme. «Tu m’as donné ton nom pour la vie, je t’offre mes deux prénoms pour la postérité» déclare-t-elle à son mari, comme elle l’explique dans le rare entretien accordé à Catherine Lalanne en fin de volume. Au début de la carrière de l’écrivain, c’est même Amal qui passait pour l’auteure de ses romans.

Un écrivain qui dévoile que Yasmina Khadra est né le 1er novembre 1994, dans le cimetière de Sidi Ali, à l’est de Mostaganem. Ce jour-là, une bombe terroriste, dissimulée dans une tombe, tue cinq jeunes scouts. Mohammed Moulessehoul est là, face à la barbarie. Un traumatisme d’une violence inouïe. «Un mois plus tard, j’avais entre les mains le roman qui allait me révéler au grand public: Morituri.»

Catherine Lalanne nous fait découvrir avec talent et avec tact un Yasmina Khadra intime et attachant. On se réjouit de découvrir qui sera le troisième complice de L’Atelier de l’enfance, collection décidément très réussie.

Le baiser et la morsure, par Yasmina Khadra, entretiens avec Catherine Lalanne, Bayard Editions, 2018, 173 pages et cahier photo.

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