Louis Soutter, probablement, par Michel Layaz, Editions Zoé

Il faut une sensibilité hors du commun pour réussir ce que Michel Layaz atteint à la perfection avec Louis Soutter, probablement. Et toute la finesse de l’exercice réside dans ce «probablement». Biographie romancée du peintre et violoniste suisse, l’ouvrage respecte scrupuleusement le parcours de vie de Louis Soutter. Violoniste de talent, marié à Madge, et vivant à Colorado Springs, Soutter est victime de troubles qui pourraient s’apparenter au syndrome de Stendhal lorsque son jeu de violon atteint un seuil d’émotion insupportable.

«Les êtres singuliers et leurs actes asociaux sont le charme d’un monde pluriel qui les expulse». Ainsi Jean Cocteau définit-il ses Enfants terribles. La phrase sied à Louis Soutter aussi bien qu’un de ces costumes à la coupe impeccable qu’il affectionnait tant. Tellement expulsé Louis Soutter qu’il se retrouve à l’asile. Pas chez les aliénés, non, mais parmi ceux qui ne parviennent pas à subvenir à leur besoins, à survivre seuls dans la vie que l’on qualifie, souvent à tort, de normale.

A l’asile de Ballaigues, Soutter renoue avec le dessin qu’il avait pratiqué et enseigné aux Etats-Unis. Mais son art prend une toute autre dimension dans la chambre de l’asile.

Le lecteur suit Louis, vit avec Louis, marche avec Louis, s’émerveille avec Louis et, surtout, souffre avec Louis qui mettra au monde des centaines et des centaines de dessins dans l’anonymat de Ballaigues. Le Corbusier, cousin de Soutter, sera le premier à y déceler un talent, un univers, une singularité. Aubejonois, Ramuz, Stravinsky et Giono auront, eux aussi, l’ouverture et la sensibilité nécessaires à la compréhension du talent de Louis. Louis qui ne connaîtra pourtant pas la notoriété de son vivant. Si quelques artistes ont compris l’importance et l’ampleur de l’œuvre de Louis Soutter, qui a, par contre, saisi la violence de sa douleur intérieure ? On peut, sans risque de se tromper, ajouter aujourd’hui Michel Layaz au cercle très restreint de ceux-ci. Dans une langue riche et fluide, l’auteur se glisse dans le cœur, dans l’âme, dans les nerfs, dans les yeux de Louis Soutter. Il nous permet surtout d’y entrer. Le lecteur éprouve très vite de la sympathie pour ce marcheur à chapeau melon, de l’amitié pour ce fin connaisseur des arts et du savoir-vivre, de la compréhension pour ses sautes d’humeur, ses achats compulsifs et ses menus larcins.

Michel Layaz réussit le tour de force de se faire complètement oublier, à tel point que dès le livre refermé, le lecteur souffre déjà de l’absence d’un nouvel ami.

Louis Soutter, probablement, par Michel Layaz, Editions Zoé, 236 pages

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