Ecoutez nos défaites, par Laurent Gaudé, Editions Actes Sud

Dans l’une des scènes initiales d’Ecoutez nos défaites, Laurent Gaudé met en scène Ferruccio des Verrückte, joueur d’échec un peu fou qui «sait, lui, que lorsque l’obscurité tombe, lorsque le dernier adversaire est battu, le pire commence, car c’est le moment où il faut accepter de retourner à ses propres tics et à ses tourments.» Qu’advient-il lorsque ces adversaires sont des centaines ou des milliers ? Pour le comprendre, l’auteur explore une guerre d’empire avec Hannibal, une guerre civile avec le général Grant et une guerre coloniale avec Hailé Sélassié.

Parallèlement, Assem Graïeb, agent des services secrets français, traque, à la demande des Américains, un GI qui a participé à l’élimination de Ben Laden et qui se livre désormais aux trafics sous le nom de Job. Chargé jusqu’ici de désigner des cibles aux avions de combat, Assem est, pour la première fois, confronté à sa seule responsabilité. Il doit évaluer Job afin de définir s’il doit être «neutralisé» ou non. Mais au final, les deux hommes sont plus proches qu’on ne le croit et Assem rendra son verdict, non pas face aux juges, mais les yeux dans les yeux avec l’accusé lui-même.

A Zurich, où le roman commence, Assem a rencontré Mariam. Ils ont passé ensemble une nuit sans lendemain apparent. Mais chacun a fait à l’autre un cadeau d’une valeur inestimable. Un poème pour Mariam. Une statue pour Assem. Ces cadeaux seront-ils pour eux le moyen d’éviter la défaite ? «Nous avons lu de la poésie depuis trop longtemps, nous avons admiré des mosaïques depuis trop longtemps, il ne peut y avoir de renoncement. D’Alexandrie à Bagdad. De Tunis à Palmyre, elle va poursuivre jusqu’à l’épuisement mais qu’importe puisqu’il ne peut y avoir de défaite.» Pourtant, du côté de Benghazi, Omar se demande : «Pourquoi n’y a-t-il jamais de victoire ?» Peut-être parce que la défaire n’est pas l’échec. Parce que la défaite est intime, bien plus peut-être que militaire. Nous avons tous nos défaites, nourries des larmes et du sang des millions de nos semblables qui nous ont précédés et dont l’âme, en certains lieux du monde, hante pour longtemps la somptuosité des paysages.

Laurent Gaudé nous prouve une fois de plus qu’il est un auteur majuscule, par le style autant que par la forme. Ecoutez nos défaites aurait mérité le Goncourt, mais Laurent Gaudé l’a déjà eu !

Ecoutez nos défaites, par Laurent Gaudé, Editions Actes Sud, 282 pages.

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