De rien, c’est-à-dire de tout, par Bertrand Baumann, éditions de L’Aire

Enseignant à la retraite, Bertrand Baumann nous livre un deuxième volume de ses notules, instants éphémères, réflexions humanistes, impressions d’un monde qu’il aborde dans une perpétuelle double posture : à la fois dedans, et souvent dehors.

Traversant les années 2010 à 2014, De rien, c’est-à-dire de tout n’est pas un journal intime. Bertrand Baumann n’est pas un diariste, il l’avoue volontiers à l’occasion : des jours, parfois des semaines sans écrire. Quant à l’intime, s’il affleure parfois, il ne prend jamais la première place. L’amitié amoureuse pour Mathilda en est le meilleur exemple. L’auteur évoque plutôt qu’il ne décrit.

«Mes notules sont la petite monnaie du temps, la petite monnaie de ma vie. Depuis quelques années, je vide ma crousille. Mais ma vie actuelle y dépose quelques pépites.» Ce pépites, ce sont des rencontres avec des personnes réelles, à l’instar de Niki qui veut absolument passer son permis de conduire pour s’en sortir dans cette Suisse qui la rejette, ou imaginaires, comme ce poivrot suicidaire sauvé par l’auteur. Bertrand Baumann est aussi un lecteur et un traducteur. Il nous livre de fines réflexions sur ses traductions de Robert Walser ou des Aphorismes de Lichtenberg, s’interroge sur le pouvoir des mots, sur leurs mensonges. Il nous dit aussi son admiration pour François Cheng, s’interroge sur sa vieillesse et sur la mort.

Si le lecteur est quelque peu surpris à l’abord de ce livre extrêmement touchant, il se fera rapidement à la succession des sujets, aux idées parfois laissées en suspend, aux joies, aux peines, à la mélancolie. Avec ses introspections, Bertrand Baumann pousse le lecteur dans ses retranchements, l’oblige à s’interroger sur son propre rapport à la vie, à la vitesse, aux sentiments et, surtout à la nature. Bertrand Baumann est un marcheur. Et un photographe à l’occasion. Son regard a l’acuité de celui qui vit en harmonie avec les éléments, les bêtes et les végétaux.

Bien sûr, et comme il l’écrit lui-même, «mes notules ne sont pas à la mode littéraire d’aujourd’hui, elles ne sont qu’un exutoire, non un égout. Peut-être plairont-elles à certains nez délicats.» Si elles ne sont pas à la mode littéraire d’aujourd’hui, ses notules se lisent avec plaisir, parce que l’écriture est soignée, parce que le propos est franc et parce que la sagesse et le bon sens de ce jeune homme de 76 ans aujourd’hui, méritent bien qu’on s’y arrête.

De rien, c’est à dire de tout, par Bertrand Baumann, éditions de L’Aire, 2017, 231 pages

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