Sciences de la vie, par Joy Sorman, éditions du Seuil

Roman singulier que ce Sciences de la vie. Ninon Moïse est frappée d’un mal étrange: la peau de ses bras provoque une insupportable douleur au moindre effleurement. Seulement les bras, des épaules aux poignets.

Peut-on maîtriser la douleur en la nommant? Pas sûr. L’allodynie tactile dynamique dont souffre l’adolescente ne s’estompe pas après avoir été nommée. La peau et la douleur sont les motifs récurrents de ce roman construit comme une pièce musicale dont le refrain serai plus long, beaucoup plus long que les couplets. Le refrain, ce sont les visites de Ninon à une armée de spécialistes sensés lui venir en aide: dermatologues, radiologues, médecins, psychiatres, chamanes, hydrothérapeutes, kinés, cardiologues. Aucun ne parviendra à atténuer la douleur, à vaincre le mal. Seule une tatoueuse parviendra à détourner la douleur en noircissant les bras de la jeune fille. Ninon en a eu l’idée en voyant une photo de Daniel Darc, bras encrés fièrement brandis.

Les couplets sont constitués des récits de maladies étranges, rares ou incongrues qui frappent l’ascendance de Ninon depuis des siècles. C’est sa mère qui les lui raconte, presque pieusement. Le roman foisonne de termes médicaux, d’énumérations anatomiques, ce qui lui donne une dimension poétique étonnante. Joy Sorman y explore le poids de l’hérédité, de la difficulté à s’en affranchir. Se pose donc la question de l’identité, celle que vous donne un corps, une peau. Roman de la malédiction familiale? Peut-être. Mais plus sûrement roman de la douleur pour une réussite littéraire de haut vol.

Sciences de la vie, par Joy Sorman, éditions du Seuil, 2017, 267 pages

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