Le Voyage à Duino, par Eric Masserey, Bernard Campiche éditeur

Que dire de ce roman ? Qu’il laissera des traces, pour longtemps, dans l’esprit et dans le cœur du lecteur. Que l’auteur plonge sa plume dans l’indicible de l’amour. L’Amour de toute une vie peut-il durer trois jours ? Oui ! Sans aucun doute, à condition que ces trois journées se déroulent à Duino, là où Rilke a écrit ses fameuses Elégies dont Lou Andreas-Salomé affirmera qu’elles sont «l’inexprimable dit, élevé à la présence». Mais n’est-ce pas là la quête d’Eric Masserey qui prend la peine de nous avertir en préambule : «Le roman est inachevé. Je ne suis pas mort ; posthume, on aurait pardonné. Loin de mourir, j’ai porté ces mots par monts et par vaux. J’ai maudit et violemment désiré cette histoire. Je l’ai rejetée, retrouvée et quittée souvent au cours de plusieurs années d’écriture. Une histoire d’amour a le silence jaloux d’une alcôve, je ne sais pas tout de cet homme et de cette femme qui m’étaient proches, réunis quelques jours en un seul lieu. Je en les ai plus revus ensemble, c’était il y a longtemps.»

Le défi littéraire est de taille : redonner vie aux thèmes des Elégies à travers un roman contemporain. Le Voyage à Duino possède en effet les éléments constitutifs des Elégies : l’attente, la mélancolie et la lumière. Cette dernière étant régulièrement mise en opposition avec les ténèbres au fond desquelles il faut aller chercher ce qui constitue l’essence même de l’Homme.

Eve et Charles vont transcender leur demeure intérieure, tenter de comprendre qui ils sont vraiment, en se dénommant et en se renommant. Elle devient Eva Bird (et les oiseaux jouent un rôle fondamental dans ce roman), lui Carlo (caro) Ormundo. Ils se connaissent depuis l’adolescence, ont laissé au temps la latitude d’organiser les débuts avant qu’ils ne consentent au commencement, et donc au terme, à Duino.

Le roman s’interroge aussi sur la nécessité de nommer les choses. C’est peut-être pourquoi il s’adresse à des lecteurs aguerris, à ceux qui peuvent chercher leur bonheur, leur nourriture, au-delà d’une histoire. Oui, il s’agit là de littérature, de celle qui fouille les entrailles, éclaire les questionnements. Oui, le roman d’Eric Masserey est inachevé. Parce que c’est au lecteur de faire sa part du travail. Lire, c’est aussi prendre ce délicieux risque là !

Le Voyage à Duino, par Eric Masserey, Bernard Campiche éditeur, 179 pages

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