Le Garçon, par Marcus Malte, éditions Zulma, Prix Fémina

Le phénomène est fréquent. L’envie de lire un livre, de retrouver un auteur, lorsqu’elle est, ne serait-ce que légèrement, disproportionnée, provoque une forme de déception à l’arrivée. C’est le cas avec Le Garçon de Marcus Malte, un roman qui ne manque pourtant pas de qualités.

Vaste fresque qui enjambe le pont qui relie le 19è au 20è siècle, Le Garçon est une somme à plus d’un titre. Une somme romanesque avec ses plus de cinq cent pages et une somme de romans en quelque sorte. Chacune des parties du volume aurait pu donner lieu à un tome d’une grande saga : roman naturaliste, roman érotique, roman historique, roman d’aventure, roman d’amour.

Le Garçon n’a pas de nom, même s’il deviendra Félix Mazeppa. Première liberté perdue ! Il ne parle pas, ce qui est à la fois une liberté et un enfermement. Tout au long du roman, le Garçon ne cessera de quitter un enfermement pour un autre. On le découvre à la mort de sa mère, un déchirement, mais une libération aussi. Le voilà errant, puis très vite enfermé dans un premier travail, valet de ferme, logé, nourri, mais pas payé. Un nouveau rebondissement le projette dans la roulotte de Brabek, l’Ogre des Carpates. Le Garçon est alors enfermé dans un itinéraire qu’il ne choisit pas et qui le conduit de foire en foire au service de son colosse de patron. Ce sont ensuite les plus belles années de sa vie, celles qu’il passe avec Auguste et sa fille Emma. Auguste considère le Garçon comme son propre fils. Emma trouve d’abord en lui le frère qu’elle aurait tant aimé avoir, puis un amant. Les pages qui décrivent l’intensité du désir de ces deux libertins avant la lettre sont les plus belles du livre. Mais le Garçon se laisse enfermer dans cet amour et dans la jalousie d’Emma.

La transition est rude avec le départ du Garçon pour le front. La Première Guerre mondiale vient d’éclater. Des années d’horreur, de sang, de boucherie. Prisonnier de cette guerre atroce, le Garçon parviendra pourtant à prendre quelques libertés à l’occasion. Mais le pire des enfermements n’est-il pas celui qui vous confronte à vous-même à l’heure du bilan ? Blessé, le Garçon retrouve Emma, mais il ne peut plus soutenir son regard. Le poids de la culpabilité et du remords est trop lourd.

Emma va disparaître elle aussi de la vie du héros que la guerre va rattraper. Ce qui lui vaudra d’être emprisonné (nouvel enfermement), puis expédié au bagne, à Cayenne, un lieu dont on ne revient pas, même si on arrive au terme de sa peine. Le Garçon parvient pourtant à s’échapper. Il erre désormais dans les forêts d’Amérique du sud, Pérou, Brésil, prisonnier de sa solitude et de sa maladie. Et c’est finalement en escaladant une montagne qu’il parviendra à se libérer, une ultime fois.

Marcus Malte varie les styles, les écritures, les tonalités. Il utilise volontiers les énumérations, pour leur force évocatrice, mais aussi pour le rythme qu’elles impriment à son écriture. Roman d’apprentissage, certes, Le Garçon est aussi une mise en garde qui n’a rien perdu de sa valeur aujourd’hui : «ô peuple humain, est-ce la crédulité ou est-ce la servilité qui constitue le tout premier de tes atomes ?» Car la liberté est un bien qu’il faut défendre et protéger à chaque instant, aujourd’hui plus que jamais !

 

Le Garçon, par Marcus Malte, Editions Zulma, 535 pages

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