La fin de la solitude, par Benedict Wells, éditions Slatkine & Cie

[RENTREE AUTOMNE 2017] «Le souvenir. Un roman, composé de cinq récits. Tous sont liés et le sujet principal, c’est la façon dont les souvenirs nous déterminent et nous dirigent.» C’est Romanov qui explique à Jules ce sur quoi il travaille en ce moment. Il donne aussi une idée assez précise de La fin de la solitude, le roman de Benedict Wells, traduit par Juliette Aubert.

Jules, sa sœur Liz et son frère Marty sont des enfants heureux entre un père inquiet, épris de photographie et une mère lumineuse qui chante Moon River en s’accompagnant à la guitare lors de chaque fête de Noël. Mais un 8 janvier, les parents de Jules, Liz et Marty quittent Munich pour aller rendre visite à des amis, à Montpellier. Leur voiture s’encastre dans celle d’une jeune avocate, laissant trois orphelins. C’est au pensionnat que les trois enfants poursuivent leur vie, à des étages séparés en raison des différences d’âge et de sexe: apprentissage de la solitude. Jules devient le meilleur ami d’Alva, une jolie rousse à lunettes qui, elle aussi, a subi un traumatisme: la disparition de sa sœur Joséphine, que tout le monde appelait Phine, et dont on n’a retrouvé que le blouson. Mais ça, Jules ne le sait pas encore. Ces deux-là sont inséparables, même si l’amour ne parvient pas à trouver sa place. Même le Via con me de Paolo Conte, que la mère de Jules lui avait pourtant garanti infaillible, ne parvient pas à séduire Alva.

Alva quitte l’Allemagne pour la Russie. Les deux inséparables ne se sont même pas dit au revoir après une scène pénible. Leurs chemin se séparent, mais se rejoignent quelques années plus tard. Alva a épousé Romanov, de trente ans son aîné, l’écrivain préféré de Jules et Alva lorsqu’ils étaient adolescents. Jules quitte son emploi dans une maison de disques, emménage chez Romanov et Alva, à la montagne, loin de tout. Cette étrange cohabitation se solde par la mort de Romanov, malade et au bout du rouleau, physiquement et littérairement. Jules est alors déjà l’amant d’Alva qu’il finira par épouser. Mais le destin n’a pas encore dit son dernier mot.

Benedict Wells sait donner de l’épaisseur à ses personnages, en faire comprendre la mécanique à ses lecteurs. Et les souvenirs jouent effectivement un rôle moteur dans ce roman savamment construit et qui nous fait traverser les années, de 1980 à 2014. En quoi ces souvenirs nous constituent-ils? En quoi sont-ils des repères fiables (la musique joue un grand rôle dans ce domaine, des Beatles à Nick Drake en passant par Moon River ou Gerschwin)? Ces souvenirs nous aident-il ou non à traverser les épreuves de la vie (et celle de Jules n’en manque pas)? Benedict Wells ne donne pas les réponses à ces questions. Mais son roman remplit parfaitement le rôle qui devrait toujours être celui de la littérature: obliger le lecteur à s’interroger sur lui-même, en l’occurrence en l’obligeant à scruter ce que les souvenirs lui ont permis ou l’ont empêché de faire. Un roman qu’on referme en sachant qu’il restera un bon souvenir.

La fin de la solitude (titre original: Vom Ende der Einsamkeit), par Benedict Wells, traduit par Juliette Aubert, éditions Slatkine & Cie, 2017, 285 pages.

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