Hommage à Gonzague Saint Bris

Gonzague Saint Bris a perdu la vie la nuit dernière dans un accident de voiture en Normandie, a annoncé à l’AFP l’assistante du romancier, confirmant une information du Point. Ce journaliste et critique littéraire, pour Le Figaro et Paris Match, avait publié le roman Les Vieillards de Brighton distingué par le prix Interallié.

J’ai rencontré Gonzague Saint-Bris à trois reprises. La première fois, c’était en 2010, pour la publication de son livre consacré à Michael Jackson (lire ci-dessous). La deuxième fois, c’était en 2011. J’ai eu le plaisir d’animer une rencontre à la société de lecture de Genève où Gonzague Saint Bris était venu parler de sa biographie d’Alfred de Musset publiée par Grasset. La troisième et dernière fois, c’était toujours en 2011, Gonzague Saint Bris avait très gentiment accepté de participer au cercle de lecture que j’anime depuis douze ans maintenant à la Société de lecture de Genève. Avec les participants au cercle, il était venu s’entretenir de son Roman de Venise publié aux édition du Rocher. Nous avions terminé la soirée en tête-à-tête Aux Armures, autour d’une fondue.

En modeste hommage au généreux Gonzague Saint Bris, je publie l’entretien mené en 2010 lors de la sortie d’Au paradis avec Michael Jackson.

Gonzague Saint Bris, écrivain, journaliste, historien et créateur du mouvement du « Nouveau romantisme » est devenu, grâce à Léonard de Vinci et François Ier, le compagnon de route de Michael Jackson lorsque ce dernier a souhaité se rendre au paradis, c’est-à-dire sur la terre africaine de ses racines. C’était en 1992.

Douze jours durant, les deux hommes ne cesseront de parler de culture. Gonzague Saint Bris retrace cette aventure dans un excellent livre, Au paradis avec Michael Jackson, paru aux Presses de la Cité. L’occasion de découvrir un Michael Jackson érudit, amoureux de la peinture de Léonard de Vinci et de Nicolas Poussin, grand connaisseur de musique classique et en particulier de Pergolèse, féru d’histoire de France. Lors d’une de ses conversations avec Gonzague Saint Bris, Michael Jackson lui confie qu’il souhaite mourir… à 50 ans.

– Avant toute chose une explication sur le titre. Le paradis pour Michael Jackson c’était l’ Afrique ?

– En fait, j’ai rencontré Michael au moment où il voulait retrouver ses racines et il avait décidé d’aller dans l’endroit qu’il estimait être le site de ses ancêtres, à savoir le Gabon d’aujourd’hui. Il était parti dans ce projet avec l’idée de faire un film Back to Africa, back to heaven, retour en Afrique, retour au paradis. C’est ce qui m’a donné le titre de mon livre, ce livre que j’ai publié au moment où  Michael Jackson était au vrai paradis et où il est toujours Donc retour au paradis c’est un double paradis : le paradis de ses ancêtres et le paradis du ciel.

-Vous affirmez que c’est votre devoir de restituer Michael Jackson ainsi. Pourquoi devoir?

– Quand j’ai vu les tombereaux de saleté qu’on a déversé sur Michael lorsqu’il est décédé… Et surtout, ce qui m’a étonné, c’est le peu d’intelligence des journalistes qui redisent tout le temps la même chose : la famille, l’héritage, l’argent, la pédophilie… Moi, j’ai vu Michael avec des enfants et je n’ai pas du tout ressenti ça de sa part. J’étais écœuré et je trouve qu’au moment de sa mort, on aurait au moins pu dire qui il était vraiment. Je dois dire que j’ai été encouragé par la sortie du film This is it parce que là je l’ai retrouvé tel qu’il était. Quand j’ai vu ce film, je me suis dit que moi qui l’ai vraiment vu, je devais dévoiler ce qu’il m’avait dit. En même temps, j’avais peur que les gens ne me croient pas. Bien sûr, tout le monde savait que j’avais vraiment fait ce voyage avec lui, il y a des photos, il y a des films. Mais, le fait qu’il m’ait parlé pendant une heure de Nicolas Poussin, on pouvait me dire que ce n’était pas vrai. Je me suis dit que mon devoir était de dire qui il était vraiment puisque j’ai été une des rares personnes à l’approcher. Parce qu’en vérité j’ai passé douze jours et douze nuits avec Michael en Afrique. Si je l’avais reçu chez moi, au château du Clos Lucé à Amboise, où Léonard de Vinci est mort, la demeure familiale, maison qui est aussi celle du génie, ou si j’étais allé chez lui à Neverland où il avait la copie de la statue de Louis XIV par Bouchardon, nous n’aurions pas eu la même liberté de parole qu’au fin fond de l’Afrique.

– Votre livre permet de découvrir un Michael Jackson érudit, passionné de peinture de la Renaissance, de musique classique et d’histoire de France…
– Pourquoi est-ce qu’il ne parlais pas de ça publiquement? Je me suis beaucoup poseéde questions parce que tous les gens qui l’avaient approché savaient qu’il était cultivé. Vous le rencontriez dans un palace à Londres, ou à Venise, ou à Berlin ou n’importe où dans le monde, il vous recevait dans sa suite, et il y avait par terre sur la moquette un mètre de livres d’art qu’il a fait acheter dans la matinée. Les paparazzi de Los Angeles avaient compris le truc. Pour savoir s’il était dans la ville, ils allaient dans les deux meilleures librairies de la ville… Michael était donc quelqu’un de très cultivé. Dans ses musiques, par exemple, il y a des morceaux travestis de Beethoven. A un moment, en Afrique, on s’arrête dans un hôtel, dans la brousse, un très très bel hôtel. Un matin, je sors sur mon balcon. Dans une autre chambre, il y avait mon photographe de Paris Match et, tout à coup, je vois comme un tableau : trois balcons plus loin, à sept heures du matin, Michael, de profil, tient son menton comme ça, accoudé à la balustrade. Derrière lui une montagne, verte, énorme. Et qui remonte du fleuve, une brume bleutée. J’appelle le photographe qui est dans sa chambre et je lui dis : sors ! Comme on dit dans le métier, c’est la plaque. Mais quand il est sorti, Michael était déjà rentré dans sa chambre. Lorsque je vois Michael à la réception, je luis dis que je l’ai vu sur le balcon et que c’était comme un tableau. Et là il me dit : non ! Parce que le tableau, ce n’est pas ce que tu vois. Le peintre peint ce qu’il y a entre le motif et lui. Et là il commence un développement sur Nicolas Poussin. Et ça dure une heure. En cours de journée, je lui demande comment il connaît toutes ces choses où a-t-il appris tout ça ? Il me répond que c’est Diana. Je dis oui, mais quelle Diana ? Il me répond Diana Ross c’est Diana Ross qui l’a initié à la peinture.

– Et dans une conversation avec Michael Jackson vous parlez de la mort. Et Michael Jackson vous confie alors qu’il souhaite disparaître à l’âge de 50 ans…
– Comme vous j’ai fait des interviews des grands de ce monde. Et il y a toujours un moment où je leur pose cette question. Mais il faut choisir le moment. Là c’était nous étions en 1992. Lorsque j’ai fait ce voyage, Michael avait trente-trois ans, tout allait bien pour lui, il était aimé, adoré. Et je lui pose la question : à quel âge souhaitez-vous mourir ? Et là, complètement décontracté, cool, souriant, en rigolant, il me répond, à 50 ans. J’avais complétement oublié qu’il m’avait dit ça. Mais quand il est mort, j’ai regardé les photos de lui avec moi et là, j’ai vu que je tenais un petit carnet. J’ai 250 petits carnets. Depuis que j’ai treize ans, j’écris tout sur des petits carnets qui sont en général jolis et ça m’a permis de retrouver LE carnet. Et là, j’ai retrouvé tout ce qu’il m’avait dit. Je n’ai rien enregistré sur magnétophone mais je notais tout, tout le temps. Et je suis tombé sur cette phrase lorsqu’il m’a dit qu’il voulait mourir à 50 ans. Et il est mort à 50 ans.

– Lors de ce voyage en Afrique avec Michael Jackson, vous avez recueilli des confidences d’une grande sincérité de la part de la star…
– Il y a un autre moment de sincérité tout à fait inouï. Parce que tout le monde se posait cette question qui est un peu une question bêtes d’ailleurs. Les gens se demandent pourquoi il veut devenir blanc! En fait, cette question est une forme de racisme, parce que se demander pourquoi un noir veut devenir blanc… Pourquoi ne pourrait-il pas le faire? C’est une liberté et Michael était un homme de toutes les libertés il appartenait à toutes les tribus du monde, il était absolument transversal. Il m’a répondu un peu comme l’aurait fait Oscar Wilde, avec une sorte de liberté par rapport à tous les tabous. Parce que ça, changer de couleur, c’est un énorme tabou. Il m’a répondu que cela lui faisait plaisir quand il se regardait dans la glace parce qu’il se sentait sublime.

– C’est aussi au cours de ce voyage que grandissent les convictions de Michael Jackson en matière d’environnement. Les chansons qui parleront de l’avenir de la planète sont en train de mûrir…
– C’est tout à fait juste ce que vous dites. Il croyait retrouver ses racines en Afrique noire. Il faut d’ailleurs saluer le Gabon parce que c’est un des pays, j’en parlais l’autre jour avec Yann Arthus-Bertrand, où la forêt et la faune sont les mieux préservées. Yann Arthus-Bertrad m’a dit que le président Bongo avec établi qu’on ne toucherait pas à ces forêts, à ces fleuves. Michael n’a pas cédé à la mode en s’intéressant à l’écologie. Il avait vraiment quelque chose de particulier avec la nature. Il avait un discours magnifique sur l’Afrique et sur la nature, un discours spontané sur la magie de la nature, sur la loi de la nature. Il est vrai que dans ce domaine il était très conscient et de façon prémonitoire très certainement.

 

 

 

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