Averroès ou le secrétaire du diable, par Gilbert Sinoué, éditions Fayard

[RENTREE AUTOMNE 2017] Gilbert Sinoué se glisse dans la peau d’Averroès pour rédiger les mémoires de ce dernier grand penseur de l’islam des Lumières, voire de l’islam tout court. C’est de Marrakech, où il termine sa vie, qu’Averroès déroule son parcours. Petit-fils d’Abou al-Walid Mohammad, fils d’Abou al-Qasim Ahmad, qui lui donnera une solide éducation, Averroès étudie la jurisprudence, comme son père avant lui, puis la médecine sous la gouverne d’Abubacer puis d’Avenzoar. Mais, depuis son plus jeune âge, Averroès se passionne pour la pensée et ne cessera de se poser des questions, étudiant et commentant Aristote qui restera le compagnon de réflexion de toute sa vie. Obsédé par l’étude, Averroès refuse d’abord de prendre pour épouse celui que son père à choisie pour lui. Il découvre cependant la fièvre des corps auprès de Lobna, de dix-huit ans son aînée. La rupture avec Lobna conduira Averroès à accepter la proposition de son père. Il épouse sa jeune cousine Sarah.

A travers la vie d’Averroès, Gilbert Sinoué nous fait découvrir la richesse, mais aussi les risques de la vie intellectuelle d’Al-Andalous. Averroès rédige des dizaines de livres, à commencer par sa réplique à L’Incohérence des philosophes d’Al-Ghazali, réplique qu’il intitule L’incohérence de l’incohérence. Les écrits d’Averroès dérangent, sont souvent considérées comme blasphématoires, ce qui lui vaudra d’être qualifié de secrétaire du diable. Des idées qui seront étudiées, discutées, admirées ou haïes longtemps après sa mort. En une subtile double narration, Gilbert Sinoué nous donne à comprendre le poids de la pensée d’Averroès après sa mort, de décennie en décennie. Thomas d’Aquin, Frédéric II, Etienne Tempier, évêque de Paris, Dante ou Pétrarque se pencheront sur ses écrits pour s’en inspirer ou pour les condamner.

Pour tenter de compromettre Averroès, un faux manuscrit a été établi à son nom. Le penseur de Cordoue risque la mort. Mais le penseur bénéficie de la protection du calife Al-Mu’min. Il sera même nommé cadi de Séville, puis de Cordoue, sa ville natale, avant de retourner à Séville avec, cette fois, le titre de Grand Cadi, l’honneur suprême. Mais Averroès est aussi médecin. Et le voilà appelé à remplacer Abubacer, son maître, comme médecin du calife Youssouf à Marrakech où il finira donc sa vie.

Avec le talent qui a notamment fait le succès de sa trilogie Inch Allah, Gilbert Sinoué nous plonge au cœur d’Al-Andalous et du 12è siècle. Il nous fait partager la quête et les doutes de cet éminent penseur qui nous rappelle que «ce qui a compté, et qui compte, c’est de chercher, puiser, raisonner. Le questionnement mène à la sagesse. L’absence d’interrogation à la décadence de l’esprit. Et s’il arrive que la vérité heurte et bouleverse, ce n’est pas la faute de la vérité.» Des phrases qui éblouissent de sens ce début de 21è siècle.

Averroès ou le secrétaire du diable, par Gilbert Sinoué, éditions Fayard, 2017, 297 pages

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