Lettres à Joséphine, par Nicolas Rey, éditions Au Diable Vauvert
AUTOBIOGRAPHIE , EROTIQUE , ROMAN / 24 février 2019

Il est regrettable que quatre-vingt pour cent des lecteurs de romans soient des lectrices. Car les hommes, et même ceux d’un certain âge pour ne pas dire d’un âge certain, trouveraient à se nourrir de ces Lettres à Joséphine. On connaît le penchant de Nicolas Rey pour les romans autobiographiques. On ne s’aventurera pas à deviner le degré autobiographique de celui-ci, même si le signataire des lettres n’est autre que Nicolas Rey. Mais on en appréciera la justesse de ton et la très probable sincérité. Qu’est-ce que la passion. L’auteur va en chercher une superbe définition chez Brautigan : «Il comprit pendant ce trajet que le monde se divisait en deux catégories antinomiques. Ce fut pour lui une illumination, une découverte. Non pas les riches et les pauvres, les dominants et les dominés, ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas. Cela, ce sont des catégories secondaires, bien visibles, non essentielles, quasiment anecdotiques dont la première raison d’être est d’occulter la véritable partition de la réalité. Non, le monde se divise entre ceux qui vivent l’urgence et la beauté suffocante d’une folle passion et ceux qui ne vivent pas l’urgence et la beauté suffocante, étourdissante, obsessionnelle d’une folle…

L’écrivain national, par Serge Joncour, éditions Flammarion
CRITIQUE , ROMAN / 29 mai 2017

«L’écrivain national». La formule revient à répétition dans la bouche du maire de Donzière où Serge, auteur, arrive pour une résidence d’écriture. A dix kilomètres seulement de cette petite ville qui ressemble plutôt à un gros village, un fait divers occupe les journaux locaux et nationaux. Aurelik et Dora, deux marginaux qui vivent à L’Epeau, sont soupçonnés d’avoir fait disparaître Commodore, dont ils sont les locataires. En voyant la photo de Dora dans le journal, l’écrivain est subjugué, irrésistiblement attiré. Aimanté par les lieux du drame, Serge s’embarque dans une quête un peu folle et qui lui vaudra bien des problèmes avec les libraires qui l’ont gentiment invité, avec le maire qui fonde tous ses espoirs sur une nouvelle usine, avec les acolytes d’Aurelik, et même avec la patronne de l’hôtel dans lequel il loge, la pourtant prévenante Madame Meunier. Les pages consacrées aux rencontres littéraires de l’auteur sont hilarantes. Serge Joncour lève le voile sur la face cachée et souvent sombre du métier d’écrivain et des vicissitudes de la promotion. Construit comme un polar, ce roman est celui de la passion et du désir. Serge Joncour excelle à décrire le mécanisme implacable du désir masculin dont la source n’est…