Littoral, par Bertrand Belin, P.O.L éditeur

Sur la page de garde de Littoral, il est écrit: Roman. Mais c’est un conte que nous offre Bertrand Belin. Un conte où l’on retrouve la très belle écriture de ses chansons, sur une distance plus longue. Une écriture qui jubile à explorer le champ lexical des bateaux et de la pêche, des poissons et des oiseaux. Trois hommes en mer: l’autre en rouge, le plus jeune et le troisième homme. Tout commence avec la découverte d’un cormoran qui s’est pris dans le filet de pêche, y a laissé la vie. Avec talent, Bertrand Belin instille une peur sournoise dans la narration. Qui a pu apercevoir les trois hommes sur leur embarcation? Petit à petit, le lecteur se rend compte que les trois protagonistes vivent en dictature, une dictature où «l’armée d’un pays» fait régner l’ordre.

Sur le bateau, le plus jeune s’endort à la barre. C’est la collision, heureusement sans dommage. Mais pour le punir, l’autre en rouge le dépose sur une bouée d’où le plus jeune devra lancer ses filets, et l’abandonne là, sans que le troisième homme ne s’y oppose. L’occasion pour le plus jeune d’éprouver la solitude, mais aussi la liberté et la conscience de son libre arbitre: «Désormais, il se trouve au sommet de la chaîne. Il n’y a personne au-dessus de lui et il pense: ni en dessous. C’est lui qui est le maître et de lui, conséquemment, l’esclave.» Mais la liberté fait peur. Le plus jeune n’échappe pas à cette règle: «Il a maintenant un peu peur et ne veut pas davantage rester le maître. Il goûte la nausée d’être maître. Il veut de nouveau être dilué dans le cadre d’autrui, dans l’enchevêtrement des cadres d’autrui.»

D’une écriture formidablement rythmée, Bertrand Belin déroule sa narration comme une succession de vagues sur la grève. Les mots sont matière, les phrases sensations et ce court roman une très belle réussite.

Littoral, par Bertrand Belin, P.O.L éditeur, 87 pages

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